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Mardi 25 juillet 2006
Aujourd'hui nous écouterons Inti Illimani, une autre légende culturelle, "ambassadeurs de l'humanisme sud-américain". Leur musique décrit les cultures indigènes du Chili, Pérou, de la Bolivie, de l'Équateur et de l'Argentine. Ils utilisent plus de trente instruments à vent, à cordes et percussions.

Q'apac Chunchu (Jaylli) [Instrumental]
Vidéo envoyée par estelpra

 Avant de braver les hauteurs et les gros chats, nous étions partis pour 2 jours à la recherche de grands espaces au Parc de Lauca. Du charmant village de Parinacota ("l'endroit des flamants rose" en Aymara), nous avons rejoint les lacs Cotacotani (4800m) et Chungara (4600m)...

 Ces lacs sont dominés par les sommets enneigés des volcans Pomerape, Parinacota (ci-dessous)...

   

... et Sajama (le plus haut sommet de Bolivie, 6540m):

Au delà de la beauté unique des lieux, nous avons pu aprécier la grande variété des espèces sauvages:

- des flamants roses, encore bien farouches (malgré notre délicatesse... je vous dis qu'on est délicat ! nous n'avons pu les approcher à moins de 50m. Certes, lorsque la casserole est tombée du sac... ils ont eu un peu peur)

- des oies sauvages (Tagua gigantes) qui vivent dans les lacs et lagunes de l'altiplano (80% vivent dans le parc de Lauca); elles construisent de grandes plateformes sur les lacs pour y faire leur nid (plateformes qui peuvent supporter un homme). Elles se prennent parfois pour Candeloro et lancent des triples boucles piquées devant les spectateurs ébahis !

 - des lamas (haut), vigognes (bas à gauche), et viscachas (qui ressemblent à des lapins, bas à droite)

  

  - divers oiseaux aussi, il faut être un peu calé pour les reconnaitre:

On nous propose sur le chemin un lit chez l'habitant, tant mieux car on en a plein les pattes ! La maison est plutôt rustique, mais la famille acceuillante - les poules y viennent même picorer à l'intérieur:

Malgrès une bonne heure de cuisson, nous n'arrivons pas à faire cuire notre riz, que nous engloutissons avant de nous coucher. La nuit, nous trouvons difficilement le sommeil et le manque d'acclimatation se fait sentir. Néanmoins, cette nuit nous aidera beaucoup le lendemain lors de notre ascension. Ce trek est une très bonne alternative pour s'acclimater avant de tenter les hauts sommets environnants!

par Estelle et Vincent publié dans : Andinisme
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Mardi 18 juillet 2006

Afin de rendre la lecture plus plaisante, nous vous suggèrerons dorénavant un coup de coeur musical, en accord avec la thématique. Il suffit pour cela de cliquer sur la boîte de lecture ci-dessous. Ceci est optionnel, afin de ne pas agacer les allergiques à la musique castillane. Spéciale dédicace aujourd'hui à Mr Victor Jara, artiste Chilien incontournable, exécuté dans le stade national à Santiago 4 jours après le coup d'état du général Pinochet. Son corps fut ensuite jeté sur un dépôt d'ordures. L'histoire raconte que les soldats du général lui rompirent les mains à coups de crosse en le défiant de continuer à chanter !


01 Caminando, Caminando
Vidéo envoyée par estelpra
Caminando = en marchant


"Caminando, caminando, voy buscando libertad, Ojala encuentre camino, para seguir caminando". Sur ces bonnes paroles, nous partons, décidés, pour trouver notre chemin. Les traces des petites laves torrentielles provoquées par la fonte des neiges nous indiquent la route: le sommet du Taapaca. L'objectif (5775 m) est noble et nous rappelle le célèbre vignoble de la région centrale du Chili. Nous sommes emballés! Nous mettons donc notre tente sur le dos et nous rapprochons du camp de base. 

Nous installons un camp de rêve, protégé par les falaises, dans une petite grotte... On a le sourire, on plaisante sur la petite pate de vigogne et les poils par terre, à côté de la tente... La pate de vigogne? dans la grotte? oups, heu, tu te souviens comment les carabiniers ont appellé la bêbête des montagnes ? le pullover? le puding? le putozor?

Ah oui, le Puma, le petit chat qui peut sauter jusqu'à 4 m de hauteur? Et notre seul abris contre ce fauve dans ce territoire hostile, c'est notre pitite tente de rien du tout, dont la fermeture ne ferme même plus? glurps, restons calme, chui sûr que c'est un chien qui a mangé la ptite vigogne tu vas voir on va pas trouver de traces.. glourps... pas glop, pas glop! y'en a partout. bon, heu, elle est pitite la papate du chat, il est p'tetre gentil, t'as des croquettes? ah non, bon, ben on va se faire une sousoupe et au lit... Le soleil se couche, le vent se lève, la civilisation se fait lointaine.... très lointaine.

Ahhhhhhhhhhhhhhh... ah non désolé j'ai fait un petit cauchmard, rendors toi, y'a rien de grave... he, he? t'as entendu? quoi? ah non c'est le vent qui remue le sac dehors...

Bref, on vous épargne les détails de cette super nuit, qui fut longue, très longue, et de notre marche d'approche, à 50 cm l'un de l'autre, chacun jouant à mimer le phare de la serena pour voir si les yeux du fauve apparaissent dans la nuit. Par chance, le jour se lève enfin. Nous sommes déjà au pied du couloir. Ici commence notre ascension, avec la petite chanson en tête "caminando..." qui rythme nos pas.

5 heures plus tard, caminando, toujours caminando, nous voilà au sommet, avec une petite hypoglycémie. Il est 10 heures 15 et  nous avons rendez-vous à 11 heures 1200 m plus bas. Commence alors une folle descente, corriendo, corriendo...

    

   

Nous arrivons au camp, inventons la pliage de tente express où la tente sert aussi de sac à dos, et continuons notre course jusqu'au taxi, que nous attrapons au vol, et arrivons à temps pour prendre notre bus pour Arica.

Le Taapaca fut une jolie ascension juste en face du Pomerape, du Parinacota et du Sajama dont nous garderons un excellent souvenir, malgré le petit stress de la nuit. Pour note, le Puma n'attaque pratiquement jamais l'homme. Il le craint et ne s'en prend à lui seulement s'il sent que ses petits sont en danger. D'ailleurs nous ne l'avons ni vu, ni entendu, mais bel et bien imaginé dans nos rêves, rodant autours de la tente...

 

par Estelle et Vincent publié dans : Andinisme
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Lundi 17 juillet 2006

 ... On m'avait dit "300 jours de soleil par an" ?!!

Playa Mansa, le 17 juillet 2006, 7h30 - 18h30.

Il y a des jours où on se mettrait bien à faire de la poterie...

Playa Mansa, le 18 juillet 2006, 7h30 - 18h30.

Il y a des jours où on resterait bien couchés...

 

par Estelle et Vincent publié dans : Au pays du pisco
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Vendredi 14 juillet 2006

Suite aux réclamations répétitives de nos lecteurs, tout particulièrement de mademoiselle Niot (??), nous tenions à décrire plus précisément l'origine des formes étranges observées à la fin de l'été dans les champs de neige du chili.



Leur nom de "pénitents" provient de l'analogie évidente entre ces formes et l'accoutrement des membres de confréries faisant exercice de pénitence: lors des cérémonies et des processions les pénitents sont couverts d'une espèce de sac et d'un capuchon qui leur cache la tête. 

Il n'y a par contre aucune intervention divine derrière la formation des pénitents de glace, aucune légende de moines pétrifiés pour s’être laissé tenter par la beauté de femmes mauresques (cf. Les pénitents des Mées, Alpes de Haute Provence). Il s’agit ici seulement de l’action conjuguée d'un faible taux d'humidité, du  vent, de faibles températures et d'un rayonnement solaire intense, lors des longs étés secs de la zone aride du Chili. En fait, ce type de formation peut être observé dans de nombreuses régions du monde, plus particulièrement aux hautes altitudes Andines et Himalayennes (e.g. Betterton, 2001). On retrouve des pénitents un peu partout, même si les grands pénitents observés au Chili exigent l'instauration d'une longue période sèche pour pouvoir se développer. Par exemple, à la tête de Vautisse au dessus de Guillestre (05), avec Laurent et Stéphane nous avions dû skier au milieu de pénitents d'une quarantaine de centimètres. Par chance, le sommet des pénitents est orienté en direction du midi solaire: le soleil étant rasant en france en hiver, nous avions dû skier sur des pénitents pratiquement horizontaux. Au niveau des Andes arides du chili (25°S-35°S), les pénitents se forment l'été, lorsque le soleil est pratiquement à la verticale, les pénitents sont alors verticaux, parfois pratiquement infranchissables à pied.

Le premier à relater de l'existence des pénitents fut Charles Darwin (1836), mais c'est Louis Lliboutry (1954), qui, le premier, en décrira précisément les processus de formation. Ces travaux sont incontournables ici, à tel point qu’un sommet porte son nom en Patagonie (gravit pour la première fois cette année). Lorsque la neige vieillit, les zones où des poussières s’accumulent absorbent une plus grande part du rayonnement solaire, ce qui induit une fonte plus rapide et la formation d'un creu par rapport aux zones plus blanches et plus réfléchissantes (qui forment une petite bosse). Cette "rugosité de surface" augmente la turbulence et par suite la sublimation augmente. Rien avoir avec l’envol des moines bouddhistes de Tintin, la sublimation constitue le passage de l’état solide à l’état de vapeur:

Lorsque l’air est sec au dessus d'une surface de neige, les molécules d’eau (solide) passent naturellement depuis la surface vers l’air. Lorsque l’air en contact avec la surface de glace est saturé en eau, le changement d’état s’arrête. Si un peu de vent chasse l’air saturé pour le remplacer par de l’air plus sec le processus reprend. Plus le mouvement des particules d'air en surface est important (vent violent), plus la sublimation est intense. Le vent facilite donc l'échange de matière (eau) entre la surface et l'atmosphère.

Le vent facilite aussi une perte/gain d'énergie de la surface vers l'atmosphère en cas d'écart de température entre l'air et le la neige: Ce n’est pas pour rien qu’Angèle (ma nièce) souffle sur sa soupe ou sur sa crêpe pour la refroidir, Mathilde lui a dit que l'apport d'air froid au dessus d'un corps chaud permet de le refroidir plus plus vite. Angèle lui a répondu : " ben oui, c'est le flux turbulent de chaleur sensible qui entre en jeu"... Moi, là, Angèle m'a embrouillé, donc si vous voulez plus de détails, je lui demanderai de faire une note sur le blog...

Mais revenons à la sublimation. Comme dans le cas d’une casserole d’eau bouillante au dessus du feu, il faut apporter de l’énergie pour réaliser ce changement de phase : la sublimation demande de l’énergie.  Ce changement de phase va donc avoir tendance à refroidir la neige et/ou à limiter la fonte. Lorsque le trou est suffisament profond, l'influence du vent au fond du trou est moindre qu'au sommet d'une bute, ainsi, la subimation limite grandement la fonte au sommet de la bute mais très peu au fond du trou. Ainsi, le fond du trou (noir = fonte, peu d'influence du vent = peu de sublimation) est le lieu d'une fonte importante alors que le sommet de la bute (blanc = peu de fonte, forte influence du vent = sublimation importante = limitation marquée de la fonte) a tendance à rester gelé et à ne pas beaucoup evoluer. Ce phénomène accélère donc la formation du pénitent : le fond du trou, rempli de poussières, s’enfonce.

Enfin, les parois sont parallèles aux rayons du soleil car les rayons tangents aux parois apportent peu d'énergie (par analogie simpliste, les dégâts ne sont pas les mêmes lorsqu'une voiture rentre dans un mur en le rasant ou bien perpendiculairement !!). Une paroi parallèle aux rayons du soleil ne va donc pas fondre. Ainsi, les pénitents sont tous d’orientation identique avec une pointe orientée vers le midi solaire.


P
our ce qui est des petits et des grands pénitents (question de niot): cela dépend de l’âge du pénitent ie de la durée de la période sans précipitations neigeuses (car la neige en remplissant les trous bloque la fonte et donc la formation du pénitent).

Enfin, pour plus de détails sur l'origine des pénitents, Betterton (2001) fait une rapide review des articles sur le sujet. Il évoque en particulier quelques paradoxes tirés de la littérature.

Betterton, M.D., 2001: Formation of Structure in Snowfields: Penitentes, Suncups, and Dirt Cones, Physical Review E, vol 63, 056129, doi:10.1103/PhysRevE.63.056129.

Darwin, C., 1836: The Voyage of the Beagle, Chapter XV: Passage of the Cordillera. The quotation is from the entry for March 22, 1835.

Lliboutry, L., 1954: The origin of penitents. Journal of Glaciology, 2:331–338.

par Estelle et Vincent publié dans : Au pays du pisco
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